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DANS LES PAS DE L'HISTOIRE

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Retrouver les origines, puis les métamorphoses des vides qui ont affecté ou affectent toujours la base urbaine d'Orléans, entraîne obligatoirement vers le survol rapide de deux millénaires d'histoire locale. Sous le bitume, sous les habitations, la terre ne laisse plus guère deviner la diversité de sa structure et de sa composition. Il nous faut alors parcourir les travaux des géologues et ceux des archéologues. Les analyses des uns complétées des reconstitutions historiques des autres, permettent seules un montage de ce puzzle qu'est devenu le sous-sol d'Orléans.
Dans cette vaste période qui recouvre la Préhistoire, des tribus migrantes laissent de nombreuses traces sur les bords de la Loire. Et y compris en ce lieu qui va devenir Orléans. Ces communautés dont la vie réapparaît au hasard de fouilles, qu'elles soient concertées ou dues au hasard, ne marquent pas durablement les lieux qu'elles occupent, mais elles y abandonnent des signes, des objets, des outils ou des ustensiles. Il faut pourtant atteindre les alentours de 480 avant J.-C. pour retrouver les apparences d'occupation de peuples celtes qui commencent à se sédentariser.

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Pots reconstitués. Fouilles de la Charpenterie Première muraille d'Orléans. Bas Empire

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ORLÉANS AVANT ORLÉANS

Sur un bombement de la Loire, à peu près à mi-parcours du fleuve, en un site qui s'annonce déjà comme carrefour fluvial et terrestre capital, une petite tribu de Carnutes s'est implantée au bord de l'eau. L'endroit semble idéal. Une voie navigable et sans doute poissonneuse, la proximité des terres de Beauce, enfin, une forêt riche en gibier séduisent nos rudes ancêtres, et attirent les marchands.
C'est donc là, sur une faible élévation, à peu près où se situe actuellement le temple protestant, entre deux petites rivières qui empruntent l'actuel tracé des rues des Hôtelleries, Sainte-Catherine  et de la Tourneuve, que s'implantent de grossières cabanes. Les alentours... il nous est difficile de les imaginer aujourd'hui, mais ils se composent probablement d'un paysage parsemé de vallées, et d'espaces boisés parcourus de quelques ruisseaux. Dans son ouvrage sur les rues d'Orléans, en 1901, E. Lepage signale d'ailleurs "un ruisselet se dirigeant vers la porte Saint-Laurent, retrouvé dans une cave du 56 de la rue des Carmes; un petit ruisseau rue du Cheval-Rouge, et une rivière entre la rue du Guichet-de-Moi et la rue des Tanneurs." Mais la présence de ces deux cours d'eau n'est pas véritablement attestée. Peut-être s'agit-il tout simplement de rigoles recueillant infiltrations ou d'écoulements pluviaux se dirigeant vers la Loire située en contrebas. Nous possédons assez peu de renseignements sur ce village, appelé Cenabum, ou Genabum, décrit par César dans ses Commentaires, et par Strabon, le géographe grec. Tout au plus savons-nous que la bourgade dispose d'un étroit pont de bois sur la Loire, et d'une ligne de fortifications sommaires, en bois également. A l'exception de quelques méchants fossés, il n'est pas encore question de creuser quoi que ce soit.

CENABUM... EN ROUTE VERS ORLÉANS

A l'apogée de sa puissance, Rome ne peut ignorer l'importance stratégique de cet axe commercial et géographique gaulois, et délègue un intendant chargé de l'occuper et de faciliter ainsi l'approvisionnement de ses légions réparties sur un immense territoire qui va de l'Italie à l'Angleterre, et de l'Afrique du nord à l'Allemagne. Il n'arrive pas seul. D'autres négociants l'accompagnent, qui prennent bientôt une place prépondérante au sein du commerce. Une attitude qui ne plaît guère aux belliqueux Carnutes. Un beau jour, en février 52 avant J.-C., ils exterminent intendant et marchands, déclenchant ainsi, sans l'avoir recherchée, la révolte des Gaules, menée par Vercingétorix. Mais ce mouvement d'humeur suscite également l'ire de César. Lequel monte une expédition punitive et se rend maître de Cenabum. D'abord sans faiblesse pour les mutins, puis magnanime envers la population, il y établit la 'pax romana'.
La longue période qui suit modifie radicalement le cadre et les habitudes de vie des grossiers Gaulois, et amplifie les activités commerciales de la cité. A ces nouveaux habitants, bientôt appelés Gallo-romains, il faut des maisons confortables, des institutions, des loisirs, bref, tout ce qui compose une ville et sa culture. Sur le site presque entièrement en ruine, des bâtiments en dur remplacent les sommaires habitations. Le port et les entrepôts augmentent leurs dimensions. A l'est, entre la rue de l'Abreuvoir et la voie ferrée de Vierzon, s'établit le théâtre. Un peu plus haut, autour du faubourg Bourgogne, à l'angle de la rue Charles Péguy, s'ouvre une vaste nécropole, et une autre faubourg Saint-Vincent, à l'endroit occupé par le pont de chemin de fer. Vers la préfecture, les habitants disposent vraisemblablement du traditionnel Forum. Enfin, les occupants attachant une grande importance à la propreté corporelle, un aqueduc alimente depuis la fontaine de l'Etuvée, située au sud de la Barrière-Saint-Marc, des thermes implantés probablement rue du Poirier, et des bains privés. Pratiquement romanisée, la ville devient aussi un castrum, c'est-à-dire un site fortifié au cours des IIIe et IVe siècles. Des murailles de pierre complétées de fossés commencent à la Loire, vers l'actuel quai du Châtelet, remontent directement jusqu'à la rue Saint-Pierre-du-Martroi, piquent en droite ligne vers la rue du Bourdon-Blanc  en frôlant la cathédrale, et redescendent vers le fleuve.
De tous ces monuments aujourd'hui pratiquement disparus, aux ruines souvent enfouies sous de nouvelles constructions, il ne reste évidemment que des fragments mis au jour lors de travaux effectués au cours des siècles, ou découverts par des particuliers passionnés d'histoire. Quelques-uns de ces témoins gisent, ou se trouvent encore aujourd'hui dans des caves ou des lieux privés. Il est toutefois possible de côtoyer l'architecture Gallo-Romaine avec un segment de la première enceinte mis au jour au nord de la cathédrale en 1981, rues Saint-Flou  et de la Tourneuve. Ils attestent de la technique de construction romaine, et du niveau du sol orléanais à l'époque.
L'ère gallo-romaine n'en n'a pas moins laissé des traces profondes dans le sous-sol d'Orléans, en particulier dans le coeur historique sous forme de caves et de carrières. Elle contribue ainsi à tracer les premiers contours de cette géographie souterraine d'Orléans, qu'une expansion régulière et les conflits humains finiront par rendre passablement compliquée. Quoi qu'il en soit, après être passée par Civitas Aurélianorum, donc capitale d'une province romaine, puis Aurelianis et Orliens, l'antique Cenabum devient enfin Orléans.

Bains gallo-romains au pied de la cathédrale

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